Times New Roman : Entre héritage typographique et mépris des designers

Times New Roman : Entre héritage typographique et mépris des designers

L’histoire des typographies #001

La Times New Roman

Née pour un journal, adoptée par le monde, mal-aimée depuis 20 ans. Décryptage d’une icône controversée.

Elle est sur vos ordinateurs, dans vos contrats, vos thèses, et probablement dans vos souvenirs d’enfance. La Times New Roman est la reine des polices « par défaut ». Mais pourtant, dans le monde du design, elle est souvent source de moqueries. Alors, typographie géniale ou aberration graphique ? Plongeons dans l’histoire et les usages de cette police qui ne laisse personne indifférent.

Pourquoi The Times a changé sa typo ?

En 1929, le prestigieux journal britannique The Times traverse une crise. Son image est vieillissante, et surtout, les coûts d’impression sont un véritable gouffre. Le journal cherche une solution pour moderniser sa lisibilité tout en réduisant son budget encre et papier. Il ne faut pas oublier que c’était la période de la « Grande dépression ».

C’est là qu’intervient Stanley Morison, conseiller typographique du journal, accompagné du dessinateur Victor Lardent

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Leur mission : créer une police qui optimise l’espace imprimé. Pour ce faire, ils s’inspirent de deux polices à empattements (sérif) renommées : la Plantin et la Perpetua.

Le résultat est une prouesse d’ingénierie. En 1932, la Times New Roman fait sa première apparition dans les colonnes du journal. Un an plus tard, le Times cède les droits à la Monotype Corporation, qui la commercialise à l’échelle mondiale.

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Typos Perpetua, Plantin et Times New Roman

Une police conçue pour la contrainte

Contrairement à ce que l’on pense, la Times New Roman n’est pas une police de « beauté pure ».
C’est une police d’ingénierie, pensée pour répondre à des contraintes physiques d’impression. Voici ce qui la rend unique au niveau du dessin :

  • Pleins & déliés contrastés : Ils sont marqués mais sans fragilité, pour résister aux conditions d’impression médiocres et au papier bon marché.
  • Empattements pointus : Héritage direct des inscriptions romaines gravées dans la pierre, ils guident l’œil le long de la ligne pour une lecture fluide.
  • Chasse étroite : Les lettres sont plus condensées que la moyenne des sérifs, permettant de faire tenir plus de texte sur une même largeur de colonne.
  • Axe vertical : Zéro inclinaison. Les rondeurs des lettres s’organisent autour d’un axe strictement vertical, renforçant la rigidité et la clarté.

Son objectif ? Transmettre clarté, fiabilité et autorité, sans chercher à se distinguer.

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Quand Times New Roman est dans son élément

Malgré les critiques, cette police excelle dans des contextes précis où la lisibilité et l’autorité priment sur l’originalité.

  • La presse papier et les romans : Conçue pour les colonnes étroites et le papier bon marché, elle reste imbattable sur ces supports.
  • Les documents juridiques et officiels : Contrats, actes notariaux, décisions de justice. Sa neutralité absolue en a fait un standard mondial.
  • L’édition académique : Thèses, mémoires, articles de recherche. Le monde universitaire lui est resté fidèle pour sa lisibilité en corps de texte dense (et parce que les normes de soumission l’imposent souvent).

Les erreurs à éviter avec la Times New Roman

Si elle est parfaite pour les rapports sérieux, elle peut devenir un véritable poison pour l’image de marque.

À éviter absolument pour :

  • Le logo ou l’identité de marque : Utiliser Times New Roman pour un logo, c’est choisir de ne pas choisir. Une police installée sur 1,5 milliard d’ordinateurs ne peut pas incarner une identité unique.
  • Les marques créatives : Un graphiste ou un artisan qui l’utilise envoie un signal contradictoire de « manque de créativité ».
  • Les présentations PowerPoint « corporate » : Utiliser du Times à 40 pt en titre est immédiatement perçu comme provisoire, comme une présentation non finalisée.

Les pires associations :

  • Ne pas l’associer avec une autre police sérif : Le conflit est visuel et chaotique.
  • Éviter les polices trop décoratives : Elles choquent avec le sérieux austère de la Times.

Les meilleures alliées de Times New Roman

Pour un résultat harmonieux et professionnel, voici les associations gagnantes :

  • Times New Roman + Helvetica : Le duo classique de l’édition sérieuse. Sérif pour les titres, sans-serif neutre pour le corps de texte. Équilibre parfait.
  • Times New Roman + Gill Sans : Gill Sans apporte une chaleur humaniste qui tempère la rigueur journalistique de la Times.
  • Times New Roman + Futura : Tradition contre géométrie pure. Idéal pour ancrer une expertise historique tout en projetant une vision moderne.

Notre verdict sur Times New Roman

Je peux l’utiliser pour :

  • Un cabinet d’avocats, un expert-comptable, un notaire.
  • Une revue ou une publication académique avec un grand volume de texte.
  • Un document officiel où la typo doit s’effacer derrière le contenu.
  • (Note personnelle : pour ce type de clients, je préfère souvent utiliser la Bodoni, plus élégante).

Je la déconseille pour :

  • Toute identité de marque qui veut se distinguer.
  • Une startup, un artisan créatif, un studio de design.
  • La communication sur les réseaux sociaux (la neutralité y est perçue comme un manque d’effort).
  • Les grands titres de présentation.

En résumé

La Times New Roman n’est pas une mauvaise police. C’est une police qu’on n’a jamais vraiment choisie. Utilisée consciemment, dans le bon contexte, avec les bonnes associations, elle projette une autorité tranquille que peu de polices peuvent égaler.

Le problème, c’est qu’elle est presque toujours là par défaut, et le « par défaut » est l’ennemi du design. Elle ne mérite pas le mépris qu’on lui porte. Elle mérite d’être choisie ou délibérément écartée. Jamais ignorée.

Chaque mois, sur mon compte Instagram  et sur ce blog  je décortique une police.
Son histoire, ses forces, ses pièges, son héritage. 

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